Traduit de l’allemand (Suisse) par Catherine Fagnot
ISBN 9782960199437. 112 pages. 15€. Mars 2018.


Le ton d’Adelheid Duvanel est unique. Ceux qui attendent plus de la littérature que de la distraction et des sensations fortes devraient partir à la recherche de ce ton d’Adelheid Duvanel.

(Peter Hamm)


Duvanel est la poétesse des larmes qui sourdent, soudaines et lentes. Elle saisit ses personnages dérangés au moment précis où ils entrent en contact avec ce qui se trouve au dehors : en dehors de la société, en dehors de la réalité. Elle ouvre l’imaginable.

(Monique Schwitter)





DÉLAI DE GRÂCE

ADELHEID DUVANEL

Chacune des très courtes proses qui composent ce recueil met en scène un personnage « différent ». Une enfant attardée lors de la rentrée des classes. Une jeune femme dont les parents ont obtenu la garde de sa fille. Un vieil homme dans un hospice. Un SDF. Tous sont ce que l’on pourrait nommer des êtres dérangés, radicalement autres, des « inaptes à la vie » dont le seul maintien dans le monde qui les entoure tient du défi permanent ou du miracle.

Grolo voulait acheter des cartouches pour son stylo à encre, mais le mot « cartouche » ne lui revenait pas à l’esprit, aussi écrivait-il au stylo à bille.

En une page, une page et demi, rarement plus, Adelheid Duvanel parvient à nous enserrer dans ces vies bancales et à nous les rendre proches. Et, en nous permettant de percevoir l’équilibre fragile qui les rend malgré tout possibles, elle nous renvoie subtilement à nos propres tâtonnements. Maîtresse incontestée de la forme courte, elle est parvenue à conjuguer dans un même écrin l’extraordinaire originalité du regard « différent » (qu’il soit celui de l’enfant, du « dérangé » ou du rêveur) et la rigueur pointilliste d’une conteuse hors pair.

C’est étonnant comme un mouvement de paupières efface le monde entier.

Chacune de ces histoires forme un monde en soi. Une monade. Tout y est. Rien n’y manque. Elles sont comme des petits cercles dessinés à la main. Des petits cercles hésitants, délicats, qui entourent quelque chose. On ne sait pas toujours bien quoi. On sait juste que c’est infiniment précieux.

La fin était toujours en même temps un début. Il n’y avait pas de droites, il n’y avait que des cercles. Elle ne peignit plus dès lors que des cercles.



Adelheid Duvanel est née à Bâle en 1936. Très tôt diagnostiquée schizophrène, internée, traitée à l’insuline et aux électrochocs, elle dut encore affronter la toxicomanie de sa seule fille, puis le décès de celle-ci dans les années 80. Elle se suicidera le 11 juillet 1996. Son oeuvre débutée en 1978 fait l’objet d’une véritable redécouverte depuis 2004. Elle est aujourd’hui considérée comme l’une des voix les plus originales de la littérature allemande. Elle est inédite en français.